Quand les Mexicains se moquent de la mort… avec poésie !
Au Mexique, le Día de Muertos (Jour des Morts) est bien plus qu’une fête : c’est une façon de célébrer la vie, de retrouver symboliquement ceux qui nous ont quittés et de cultiver une relation toute particulière avec la mort.


Parmi les traditions que j’aime particulièrement, il y a les « calaveritas literarias » : de petits poèmes satiriques, souvent rimés, dans lesquels la Mort vient chercher une personne, une personnalité ou même une entreprise… mais rarement sans une bonne dose d’humour, d’ironie et de malice !
Cette tradition littéraire s’est développée dans la presse mexicaine au XIXe siècle. Les poètes s’en servaient pour caricaturer les personnalités politiques, les célébrités et les travers de la société. Le célèbre graveur mexicain José Guadalupe Posada a largement contribué à populariser cet univers de squelettes espiègles, tandis que Diego Rivera a immortalisé sa célèbre Catrina.







Et parce que la tradition est aussi une invitation à rire de nous-mêmes, j’ai eu envie de créer ma propre calaverita. Cette année, j’ai choisi un personnage un peu particulier : un Catrín, la Mort au masculin, élégant et charmeur qui fera tout pour t’amener avec lui…
Il vient me chercher, mais il va découvrir que je ne suis pas si facile à emporter !

MA CALAVERITA : LE CATRÍN ET LA FLEUR D’HIBISCUS
Un soir de novembre, sous la lune argentée,
Un Catrín élégant vint frapper à ma porte,
Son frac était impeccable, sa moustache bien cirée,
Mais son cœur, lui, semblait avoir oublié le mien.
Il me chercha au Mexique, parmi les marchés colorés,
Là où le maïs, les épices et les souvenirs font danser,
Puis traversa l’Inde, ses parfums et ses mystères,
Sans trouver la Mexicaine qui lui échappait sur la Terre.
Il parcourut Los Angeles et ses lumières dorées,
La Caroline du Nord et ses forêts enchantées,
Puis Clermont-Ferrand, ses volcans endormis,
Jusqu’à Barcelonnette, où les montagnes lui sourirent.
Mais moi, j’étais dans ma cuisine, les mains pleines de farine,
À pétrir mon pan de muerto, parfumé à la fleur d’oranger,
Avec une pointe de vanille, quelques souvenirs du Mexique,
Et tout l’amour du monde dans cette pâte magique.
« Patricia, ma belle, me voilà enfin !
Je viens réclamer ton âme et reprendre ton chemin. »
Je lui répondis en riant, sans même quitter mon four :
« Ah, mon cher Catrín, tu confonds la mort et l’amour ! »
Je lui servis un mole, quelques tortillas dorées,
Un pan de muerto tout chaud, qu’il s’empressa de goûter.
Puis un verre d’agua de Jamaica, rouge comme la passion,
Et la vanille de Papantla pour troubler sa raison.





Le Catrín en resta bouche bée, lui qui avait tout vu :
« Jamais, même dans la mort, un tel goût n’ai connu !
Emmène-moi avec toi, je veux rester à tes côtés,
Je promets cette fois-ci de savoir t’apprécier ! »
Je lui répondis doucement, avec un brin de nostalgie :
« Je garde les beaux souvenirs, les voyages et les folies.
Je suis romantique et le resterai toujours,
Car la vie ne vaut d’être vécue sans amour,
Mais c’est vous qui l’avez voulu mon amour. *»
« J’ai traversé tant de frontières, tant de terres et de saisons,
Je porte le Mexique en moi, dans mes recettes et mes passions.
Je transforme les souvenirs en saveurs et en couleurs,
Et même les peines d’amour finissent dans mes fleurs. »






Le Catrín baissa la tête, son chapeau de travers,
Il avait perdu son charme et toute sa superbe.
Il était venu prendre mon âme, pensant me faire trembler,
Mais c’est mon pan de muerto qui l’avait ensorcelé !
Depuis ce jour, on raconte au fond du cimetière,
Qu’un Catrín amoureux erre à travers les frontières.
Chaque novembre, il revient, espérant me retrouver,
Mais je suis toujours en cuisine, avec une créativité débordée!
Et moi, je continue de voyager, de cuisiner, de rêver et d’aimer.
Car je suis comme la fleur d’hibiscus : profondément enracinée, mais toujours prête à fleurir ailleurs. Un peu acidulée, pleine de caractère, intense en couleur et généreuse en saveurs.















Je suis mexicaine de cœur, voyageuse dans l’âme, romantique malgré les nostalgies, et passionnée par tout ce que la vie a encore à m’offrir.
Et si la Mort vient frapper à ma porte, qu’elle prenne un ticket… il y a encore beaucoup de recettes à partager !
¡Feliz Día de Muertos!
— Patricia
L’Hibiscus Cuisine Mexicaine Contemporaine

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